Autoportraits © Vivian Ostrovsky

VIVIAN OSTROVSKY, « JE NE FAIS QUE PASSER... »

Du 16 au 30 juin 2026

  • 1 Atelier pratique
  • 1 Conférence / Master classe
  • 33 Projections

30 films

Chère Vivian,
Depuis notre première rencontre il y a deux ans, j’ai le désir de te retrouver pour organiser un événement dédié à ton travail. À l’occasion de la programmation Contre-chant : luttes collectives, films féministes (2024) menée avec le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, j’avais été épatée par l’enthousiasme et la générosité avec lesquels tu partages des moments et des films. Autour de toi étaient rassemblées des femmes qui m’impressionnent, tes amies, créatrices et engagées, des relations que tu as su préserver dans la durée, malgré cette vie d’« allers-venues » que tu as toujours menée.

Enfant d’une mère ukrainienne et d’un père biélorusse, tu nais à New-York, tu grandis au Brésil, tu étudies à Paris. Tu parles au moins trois langues et je me demande dans laquelle tu rêves… Une autre encore, celle du cinéma peut-être ? Les films que tu commences à réaliser, à partir des années 1980, sont des collages faits de souvenirs que tu glanes depuis ton adolescence, caméra Super 8 à la main. Plus tard, tu la troques pour le mini DV puis le téléphone portable, toujours dans une optique légère et peu coûteuse, faisant de leurs limites des atouts. Tu te fais passante aux quatre coins du monde, à la fois partout chez toi et toujours étrangère. Tu t’en amuses, ton regard montre cet étonnement constant face au familier et avec toi, on saute dans le quotidien comme dans l’inconnu. Tu poses tes yeux bleus limpides sur les choses les plus ordinaires et elles s’éclairent autrement, teintées d’une ironie lucide ou d’une nostalgie qui détonne. Tu observes les gens avec une distance mêlée de tendresse. Discrètement, tu prends sur le vif. C’est une poésie qui échappe, composée
par la chaleur d’une lumière ou le sourire que provoque l’absurde de nos trajectoires. Mais il n’y a pas que l’espèce humaine qui attire ton attention, et bien souvent, tu fais la part belle aux bêtes qui, sans parole, racontent tant d’elles, et en disent long sur nous.

Au cœur de tes œuvres, il y a la liberté de tes mouvements, qui te rend si insaisissable, ton besoin d’expérimenter constamment qui élargit l’horizon des possibles. Il y a la nécessité de la fabrication bricolée, ludique, la résistance à tout formatage. Il y a surtout le plaisir de créer des liens : ceux que tu inventes, dans le temps, en résonance ou en décalage, entre l’image et le son, nous invitant dans un jeu de piste entre citations cinématographiques et références musicales. Sans oublier les liens qui se tissent au sein de la famille et de l’amitié… Et c’est ainsi que, parmi la trentaine de films que tu as réalisés, certains présentent avec affection tes proches (Nikita Kino), l’art et les visages de celles que tu côtoies, comme la cinéaste Chantal Akerman (Mais ailleurs c’est toujours mieux), la violoncelliste Sonia Wieder-Atherton (Son chant), la plasticienne Ione Saldanha (CORrespondência e REcorDAÇÕES). 

Tu conçois une trame sur mesure qui rend honneur à des artistes que tu admires comme la chorégraphe Mathilde Monnier (M.M. in Motion), l’écrivaine Clarice Lispector (Hiatus) ou des poétesses comme Sei Shōnagon (Uta Makura) et Elizabeth Bishop (Elizabeth Bishop : From Brazil With Love). À travers ces portraits, tu insistes sur le talent de ces femmes, et tu prolonges ce geste de passeuse que tu as initié dès les années 1970. En participant à l’organisation des premiers festivals de films de femmes à Paris, comme « Women by Women » en 1974 et « Femmes/Films » en 1975, tu réunis des œuvres qui, selon tes mots et ceux d’Esta Marshall, n’avaient « jamais été vues du grand public, à cause des injustices et des bizarreries des réseaux de diffusion ». Vous affirmez qu’en tant que femmes « prendre en charge la création de l’image, c’est nous prendre en charge nous-mêmes ». En me plongeant dans ces programmes, j’ai pris la mesure du nombre de titres et de noms qui m’étaient encore inconnus. Et j’ai pu prolonger ces découvertes avec des films que Rosine Grange et toi avez diffusés grâce à votre association Ciné-Femmes International. Pendant dix ans, sillonnant les routes de France et d’Europe, vous êtes allées de MJC en ciné-clubs pour présenter des films que des réalisatrices du monde entier vous avaient confiés. L’image d’un petit appartement parisien prenant des airs de cinémathèque ou la vision de deux amies, au volant d’une camionnette, le coffre plein de bobines, sont pour moi synonymes d’un engagement déterminé et débrouillard. Avec la force de vos propres moyens, vous alliez « montrer un nouveau visage des femmes, non plus comme potiches, stars, ou autres ménagères mais comme responsables de leur vie », selon les mots de Rosine Grange. J’ai trouvé nécessaire de joindre à tes réalisations des films que tu as contribué à mettre en circulation et qui restent malheureusement trop peu visibles. J’ai pu rencontrer, grâce à toi, les réalisations de cinéastes américaines comme Johanna Demetrakas (Womanhouse) ou Liane Brandon (Anything You Want To Be), des portraits d’artistes comme Emma Stern ou May Wilson, des œuvres collectives puissantes comme L’Adjectif femme. Et comme tu continues à jouer ce rôle de passeuse aujourd’hui, tu m’as aussi guidée vers des réalisations récentes (My Mexican Bretzel), preuve que ta curiosité continue de transmettre.

L’inspiration que tu représentes pour moi trouve un écho dans l’élan qui se crée autour de cette rétrospective. Céline Sciamma, invitée du Centre Pompidou, te passera le relais dans les salles du mk2 Bibliothèque x Centre Pompidou. Les collections du Musée national d’art moderne, accompagnées par AWARE, nous rejoignent lors d’une rencontre autour de ton parcours de cinéaste, de programmatrice et le soutien que tu apportes à la conservation vidéo au Brésil. On retrouve l’équipe du Centre audiovisuel Simone de Beauvoir qui valorise tes films au sein de son catalogue. Light Cone, dont tu es membre depuis les débuts de la coopérative, nous accompagne pour clore la rétrospective, autour de ta propre sélection d’œuvres expérimentales, cinéma que tu pratiques et que tu défends. Que te dire, Vivian, hormis un immense merci pour ton travail obstiné, ta confiance, et cette perspective de pouvoir partager cela avec le public. Vivement !
Avec toute mon amitié,
Marion

Marion Bonneau, programmatrice du cycle

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