Mariana Otero, Histoires de regards | La Cinémathèque du Documentaire par la Bpi | Du 3 au 17 novembre et le 7 décembre 2026

Du 3 au 17 novembre, la Cinémathèque du documentaire et la Bibliothèque publique d'information (Bpi) vous amènent en immersion dans le cinéma de Mariana Otero. La cinéaste filme l'altérité, donne la parole et confronte les points de vue. En faisant entrer sa caméra dans les lieux de soin, d'éducation, de travail, elle interroge la différence, la transmission et la résistance. À travers son œuvre, Mariana Otero éclaire les répercussions des systèmes économiques sur la vie et comment les luttes collectives redéfinissent les aspirations de société.

Mariana Otero accompagnera un grand nombre de projections aux côtés d'une multitude d'invité·es afin que les échanges aux cœur de ses films prennent forme également dans la salle de cinéma. La cinéaste donnera une maestraclasse. Enfin, le cycle se clôturera, le 7 décembre, par la présentation en avant-première de son dernière film .

À Paris : séances au mk2 Bibliothèque x Centre Pompidou ; ouverture au mk2 Bibliothèque (entrée principale) ; maestraclasse au Forum des images.

Mariano Otero et une petite fille tiennent une caméra et sourient. Affiche de la rétrospective consacrée à Mariana Otero.

 

CYCLE ET TEMPS FORTS :

  • Rétrospective du 3 au 17 novembre
  • Voir la programmation du cycle
  • Billetterie
     
  • Ouverture
    Projection d'Histoire d'un secret de Mariana Otero | France, 2003, 90 min.
    En présence de Mariana Otero et Denis Freyd (producteur du film)
    Mardi 3 novembre à 19h30 | mk2 Bibliothèque (entrée principale)
    Réservation
     
  • Maestraclasse
    Animée par Charlotte Garson (critique de cinéma)
    Samedi 14 novembre à 18h | Forum des images
    Gratuit | Réservation
     
  • Avant-première
    D'un corps à l'autre de Mariana Otero | France, 2026, 88 min.
    En présence de Mariana Otero
    Lundi 7 décembre à 19h | mk2 Bibliothèque x Centre Pompidou
    Réservation
     
  • En partenariat avec Survivance, les Ateliers Varan, la Fémis, Médiapart, les Cahiers du Cinéma et Télérama

Mariana Otero, Histoire de regards

« Mariana Otero est de ces documentaristes chez qui tourner n’implique pas de s’effacer derrière sa caméra. Dans ses films, depuis les premiers réalisés à l’Idhec jusqu’à Histoire d’un regard en passant par Histoire d’un secret, elle apparaît parfois à l’image, parfois au son, parfois pas du tout ; quel que soit le cas de figure, elle nous souffle que pour regarder l’autre, il faut d’abord se laisser voir. Cette altérité vers laquelle elle s’avance est souvent à entendre au sens fort : la cinéaste s’attache à filmer des personnes qui se trouvent par rapport à elle dans une forme d’ailleurs vers lequel il lui faudra cheminer. D’un bout à l’autre, son oeuvre témoigne d’un goût de l’immersion sur le temps long dans des milieux qui lui sont étrangers, souvent marginalisés. Le réel qu’elle saisit se situe à la croisée de différents points de vue, échangés de part et d’autre de la caméra, ou devant l’objectif. Des débats sont captés sur le vif dans Nous voulons un autre monde et L’Assemblée, qui, en suivant des combats politiques, s’intéressent à la formation des idées. Le jeu démocratique et le conditionnement des esprits par les systèmes économiques sont également au coeur d’Entre nos mains, où la perspective de reprendre leur usine en difficulté force des salarié·es à s’interroger, et à prendre position. La cinéaste participe activement à ce processus par ses questions ouvertes et sa simple présence, qui souligne l’importance de ce qui se joue là. La confrontation de différents points de vue s’organise par et pour le film dans Histoire d’un secret, où Mariana Otero mène l’enquête pour rassembler des souvenirs épars concernant sa mère, Clotilde Vautier, dessinant peu à peu le portrait d’une société patriarcale qui tue. Le montage vient démultiplier les rencontres qui ont lieu devant la caméra. Dans le wisemanien La Loi du collège, les interactions vives entre les élèves et le personnel de l’établissement sont éclairées par les temps de réunions et de contestation des enseignants, où apparaissent les problématiques qu’ils tentent d’épargner aux adolescents. Dans À ciel ouvert, le travail que l’équipe du Courtil mène avec des enfants psychotiques est repris et approfondi dans les moments de réflexion collectifs entre adultes. La caméra vient se greffer sur le dispositif de soin, suscitant des réactions et de nouvelles pistes d’interprétation. Quant aux protagonistes de Non-lieux, la plupart ne se rencontreront pas, mais la mise en relation de leurs quotidiens fait apparaître des rapports souterrains entre eux.

Mariana Otero trouve dans les espaces relégués au mépris ou à l’invisibilité des domaines de choix. Qu’y a-t-il là à découvrir, qui nous ouvre à une perception plus complète et repousse les confins de notre regard ? Une certaine généalogie du visible et de l’invisible est offerte par Cette télévision est la vôtre, savoureuse plongée dans les coulisses d’une chaîne de télévision où se dévoilent les stratégies visant à conquérir une audience toujours plus large. Dans Histoire d’un regard, les photographies de Gilles Caron sont scrutées afin de déceler ce qui les rend possibles : la conjonction du hasard et d’une façon personnelle de considérer le monde permet de trouver à tâtons la vision qui sera partagée. La généalogie des images de Mariana Otero se révèle à son tour dans le portrait que lui a consacré Estelle Fredet, et la cinéaste aura l’occasion de nous en dire encore davantage lors de sa maestraclasse. En clôture du cycle, elle accompagnera l’avant-première de son tout dernier film, D’un corps à l’autre.

Avec une générosité égale à celle qui inspire ses réalisations, Mariana Otero nous invite à découvrir trois films qui lui sont chers dans la carte blanche qui lui est offerte. Elle a aussi proposé à une foule d’invité·es venu·es de différents champs de se joindre à cette rétrospective. Les nombreux temps d’échange qui en résulteront permettront aussi bien de revenir sur la fabrication des films que d’interroger leurs résonances philosophiques et politiques. Il sera notamment question du monument "Aux avortées inconnues", projet annoncé en 2025 par l’association du même nom, dont Mariana Otero est une des fondatrices. D’oeuvre en oeuvre, de discussion en discussion, ce cycle ne nous laissera pas perdre de vue la nécessaire porosité entre le cinéma et la vie. »

Olivia Cooper-Hadjian, programmatrice du cycle

Date de mise à jour :