À la rencontre du réseau LCDD #4 : Agnès Jahier de Périphérie (Montreuil)

Périphérie est membre de la Cinémathèque du documentaire depuis sa création en 2017. Basée à Montreuil, l’association entretient un lien fort avec la ville et avec le département de Seine-Saint-Denis. Elle se place au cœur des rencontres entre riverain.e.s, cinéphiles, historien.ne.s et cinéastes et met un point d'honneur à créer du dialogue entre les montreuillois.es de tous horizons. Agnès Jahier en est la directrice. Entretien.

Périphérie, c’est quoi ?

Périphérie est une structure assez unique qui apporte son soutien à la création et la diffusion du cinéma documentaire. Basée à Montreuil, elle a été créée il y a quarante ans, en 1983. Jack Lang est alors Ministre de la Culture. Deux cinéastes sont à l’origine de Périphérie : Jean-Patrick Lebel et Claudine Bories, tout juste sortis de l’IDHEC (aujourd’hui la Fémis). Ils avaient une forte envie de s’ancrer en banlieue parisienne et ont été accueilli par la Seine-Saint-Denis qui est toujours partenaire de l’association.

Quelles actions sont menées par Périphérie ?

L’aide à la création est le cœur de l’action de Périphérie. Elle prend plusieurs formes. Nous avons d’abord Cinéastes en résidence : une aide au montage. Nous accompagnons des cinéastes tout au long de la période de montage de leur film et mettons à disposition nos locaux pour leur éviter l’isolement. Ainsi, nous pouvons visionner les films autant de fois que les cinéastes le désirent et échanger à ce propos. Nous accueillons une dizaine de projets de documentaires de création par an. Il n’y a pas de critère de durée, d’ancrage territorial du sujet ni d’origine du cinéaste pour participer à Cinéastes en résidence.

Périphérie propose également un programme d’aide à l’écriture ?

Oui. À la sortie du confinement, nous avions l’impression que tout le monde abandonnait ses projets d’écriture à cause du contexte défavorable. Or, Périphérie est un lieu de rencontres, idéal pour développer des films. Les locaux sont traversés par tellement de personnes du milieu du documentaire, il était dommage de ne pas les mettre au service des auteur.ice.s. Nous avons alors créé la Passerelle, une résidence d’écriture dont l’accompagnement était d’abord informel, dispensé avec les moyens du bord. Nous l’avons véritablement mis en place cette année en faisant appel à des professionnel.le.s de l’écriture et de la réalisation pour aider les cinéastes et porter leurs projets jusqu’à leur mise en production.

Quelles actions de diffusion menez vous ?

Nous proposons un accompagnement à la diffusion pour lequel nous travaillons avec le réseau de salles Cinéma 93. Nous diffusons les films en sortie de résidence et ceux du catalogue de Périphérie.

Nous organisons aussi chaque année depuis 1995 Les rencontres du cinéma documentaire, festival programmé par Corinne Bopp et Sophie Walle qui se tient au Méliès, le cinéma de Montreuil. Par ailleurs, grâce à la Cinémathèque du documentaire, nous avons pu mettre en place les ateliers « Démontage d’un montage ». Ces séances en présence du cinéaste et du monteur d’un film permettaient de revenir en profondeur sur le processus de montage. Le public est très friand de ces rencontres. À cette occasion, nous avions collaboré avec d’autres structures membres du réseau LCCD comme Filmer le Travail et le Festival Jean Rouch.

Que trouve-t-on dans le catalogue de Périphérie ?

On y trouve tous les films qui ont été accompagnés par Périphérie. Cela représente environ 130 œuvres que nous essayons de faire vivre au maximum. Comme nous ne sommes ni distributeur, ni coproducteur, nous n’avons pas de droit sur les films. On les diffuse localement.

Menez vous des actions d’éducation à l’image ?

Nous intervenons dans les collèges, parfois les lycées, pour organiser des ateliers uniques. Jamais un atelier n’est reproduit deux fois. Le dispositif dont nous sommes le plus fiers en ce qui concerne l’éducation à l’image sont les Observatoires documentaires. C’est un dispositif singulier géré par Julien Pornet qui consiste à réaliser un long-métrage documentaire sur un lieu de travail par les membres de l'équipe. Depuis 2012, une douzaine de films ont été réalisés par des employé.e.s de crèches, de foyers ou d'hôpital.

Qu’est-ce que la « mission patrimoniale » de Périphérie ?

Les archives de Périphérie sont riches de quarante ans d’histoire. Lorsque Claudine Bories et Jean-Patrick Lebel ont créé l’association, ils voulaient s’ancrer en banlieue parisienne et faire du cinéma avec et à propos des gens autours. Ils ont créé la Mémoire et les images, un programme qui consistait à aller arpenter le territoire à la rencontre des gens avec une caméra. Il y des choses fantastiques dans les archives de Périphérie ! Elles racontent l’histoire du Parti Communiste, des luttes ouvrières et de l’immigration en Seine Saint Denis. Elles sont imprégnées de l’esprit de camaraderie. Nous travaillons à valoriser ces archives très bien conservées en les diffusant parfois et en les mettant à disposition de la recherche.

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