Pouvez-vous nous présenter le FIPADOC et ses origines ?
Christine Camdessus : Pour comprendre le FIPADOC, il faut revenir à l’histoire du FIPA. Le FIPA était, au XXᵉ siècle, un événement majeur, souvent décrit comme le « Cannes de la télévision ». Créé à Biarritz, il présentait pendant près de trente ans le meilleur de la télévision mondiale : documentaires, reportages, fictions et mini-séries. C’est notamment là que le public français a découvert de grandes mini-séries internationales, anglaises, israéliennes ou encore scandinaves. À titre personnel, j’y étais très attachée : productrice et ayant de la famille à Bayonne, je participais régulièrement au festival. Anne Georget, réalisatrice de longue date et ancienne présidente de LaScam, a été nommée présidente honorifique du FIPA en 2018. À cette période, le festival avait perdu une partie de son identité, concurrencé par de nouveaux événements et en difficulté pour trouver une place stratégique. Le CNC a alors engagé une réflexion sur les grands festivals français et a estimé que le FIPA, sous sa forme historique, ne répondait plus pleinement à ses missions. Plutôt que d’arrêter le FIPA, Anne, en lien avec LaScam, a proposé de le transformer en un festival entièrement dédié au documentaire. C’est ainsi qu’est né le FIPADOC, dont la première édition a eu lieu en janvier 2019, avec Anne comme présidente et moi-même comme déléguée générale. Le choix était clair : un festival 100 % documentaire, tous formats, toutes écritures et toutes durées confondues.
Quelles sont les principales compétitions et spécificités du FIPADOC ?
C.C : Le festival s’organise autour de compétitions classiques : une compétition internationale, une compétition nationale et une compétition panorama, consacrée à des œuvres déjà diffusées ou sorties en salle. À cela s’ajoutent deux spécificités historiques. D’abord, un Grand Prix Musique, hérité de la présence de la SACEM parmi les fondateurs du FIPA. Ensuite, un lien fort avec la danse, Biarritz étant une scène nationale dans ce domaine. Nous avons également créé une compétition Impact, dès 2019, afin de mettre en avant des films abordant les grandes questions sociétales : droits humains, environnement, justice sociale. S’ajoutent enfin des sélections de jeune création (films d’écoles) et de courts-métrages, plusieurs sélections thématiques (identité européenne, gastronomie, films familiaux), ainsi qu’un focus territorial consacré chaque année à une grande région d’Europe.
Combien de films et de projections compte le festival, et dans quels lieux se déroule-t-il ?
C.C : La programmation comprend environ 150 films, auxquels s’ajoutent une quinzaine d’expériences immersives en 3D ou en 360°. Le festival organise près de 250 projections, réparties sur 8 jours, dans 8 lieux de la ville de Biarritz. Les projections ont lieu au cinéma Le Royal, dans les deux salles de la Gare du Midi (Atalaya et Gamaritz), au Colisée, à l’auditorium du Bellevue et au théâtre du Casino de Biarritz.
L’an dernier, le thème était l’océan et le focus portait sur les Balkans. Quel est le thème et le focus de l’édition 2026 ?
C.C : En 2025, l’océan s’est imposé naturellement comme thématique, à la fois en écho à l’Année de l’Océan portée au niveau international et en raison de l’ancrage maritime de Biarritz. Pour l’édition 2026, le focus est consacré à l’Espagne et au Portugal, avec une production espagnole particulièrement riche et un partenariat avec le festival de Saint-Sébastien. Il n’y a pas de thématique unique cette année, notamment parce que nous accueillons la Saison culturelle ukrainienne, dans le cadre de laquelle cinq longs-métrages documentaires seront présentés.
Pouvez-vous nous parler du volet professionnel du festival et du travail autour des coproductions internationales ?
C.C : L’une des missions essentielles du FIPADOC est de favoriser la coproduction documentaire internationale. La France étant l’un des pays les plus actifs dans ce domaine, le festival consacre quatre jours à une offre professionnelle, en français et en anglais. Au programme : un forum de pitchs internationaux (24 projets sélectionnés parmi plus de 240 candidatures), des pitchs de premiers films régionaux et européens, des pitchs d’éditeurs, ainsi que de nombreux ateliers, conférences et masterclasses autour des enjeux actuels, comme la série documentaire ou l’intelligence artificielle et ses implications en matière de droits d’auteur. Un accent particulier est mis sur l’accompagnement des jeunes talents, ainsi que sur l’accueil de délégations issues de pays dont l’industrie documentaire est en développement, notamment l’Ukraine, la Géorgie, l’Asie centrale ou le Nigéria.
Menez-vous des actions d’éducation à l’image et d’accompagnement en amont du festival ?
C.C : Oui, à travers un département dédié appelé le Campus, qui s’adresse à la fois aux jeunes publics, aux talents émergents et aux actions d’éducation à l’image. Nous intervenons aussi bien pendant le festival qu’en dehors, en lien avec les collectivités locales. Par exemple, nos expériences immersives sont présentées dans des collèges, afin de toucher des publics qui ne peuvent pas se déplacer jusqu’au festival. Cette année, nous lançons également une nouvelle initiative appelée « la semaine d’avant », organisée avec une quinzaine de salles de cinéma autour de Biarritz. Environ 2 000 collégiens et lycéens sont déjà inscrits pour découvrir des films issus du catalogue du festival.
Auriez-vous une anecdote, un fait, qui reflète l’esprit du FIPADOC ?
C.C : Le FIPADOC est un festival d’hiver, ce qui le rend assez atypique. À Biarritz, entre l’océan et la montagne, on peut vivre les quatre saisons en une seule journée. La météo fait donc pleinement partie de l’expérience. Malgré cela, le public est toujours au rendez-vous. En 2025, nous avons accueilli 44 000 spectateurs pour une ville de 25 000 habitants. Les salles sont pleines, et c’est sans doute ce qui fait le plus plaisir aux cinéastes invités.
Vous semblez accorder une attention particulière à la parité ?
C.C : Depuis le début, nous sommes engagés aux côtés du collectif 50/50. Nous portons une attention particulière à la parité dans les jurys, les équipes et les comités de sélection. Il s’agit pour nous d’une obligation de moyens, et non de résultats. Ce qui prime reste la compétence et la qualité professionnelle, tout en garantissant une égalité de regard en amont.
Pourquoi avoir rejoint le réseau de la Cinémathèque du documentaire ?
Anne Georget : Le lien avec la Cinémathèque du documentaire s’inscrit dans une histoire ancienne, notamment à travers LaScam. Après plusieurs formes de collaboration, un partenariat plus structuré s’est mis en place depuis que la Cinémathèque a repris le catalogue Images de la culture. Le Prix Impact – Cinémathèque du documentaire permet désormais l’acquisition de droits pour ce catalogue. Le premier film lauréat fut Yintah, un documentaire canadien. L’objectif est de faire circuler des œuvres internationales parfois sans distribution en France, afin qu’elles puissent rencontrer de nouveaux publics.
Avez-vous quelques recommandations de films à partager ?
C.C : Parmi les films que nous recommandons particulièrement : Par-delà les silences de François Royet, un film rare et sensible, tourné sur plus de dix ans ; Yintah, lauréat du Prix Impact ; Amadou et Mariam : Sons du Mali, un film musical consacré au duo, joyeux et lumineux ; et enfin Riverboom, véritable coup de cœur du festival 2024, film inclassable qui a suscité de véritables standing ovations lors des projections.
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