Cinécran est une association départementale qui œuvre pour la valorisation et la diffusion de la culture cinématographique.
Pouvez-vous présenter Cinécran et ses activités ?
Cinécran est une association créée à Vannes dans le Morbihan, en 1998, ayant pour mission de promouvoir le cinéma sous toutes ses formes, ce qui inclut la diversité des genres. Nous travaillons autant sur la fiction que sur le documentaire, et nous proposons également des projections de courts-métrages. Nos actions s'étendent sur différents territoires, principalement autour de Vannes, mais nous intervenons également à l'échelle du département du Morbihan, notamment à travers le mois du film documentaire. Nous entretenons aussi de nombreuses connexions au niveau régional avec plusieurs structures. Nous organisons divers événements, parmi lesquels les Rencontres du Cinéma Européen. Chaque année, nous mettons à l'honneur un pays européen différent, en mettant l'accent sur sa culture cinématographique, mais en abordant également d'autres aspects culturels comme la musique, la littérature, etc. Dans ce cadre, nous proposons des films documentaires, entre autres. Le mois du film documentaire est également un événement important pour nous, centré spécifiquement sur le genre documentaire, et ce, sur l'ensemble du département. Nous en assurons la coordination départementale, en collaboration avec les structures locales. Nous avons également un volet important d'éducation à l'image, en travaillant avec des élèves de la maternelle jusqu’à l'université. Nous coordonnons notamment l'initiative "École et cinéma", et nous offrons diverses propositions pour les scolaires tout au long de l'année, comme "Breton au cinéma" ou "Anglais au cinéma". Nos actions touchent environ 17000 élèves à l’année. Nous assurons également une programmation mensuelle au Cinéville Garenne de Vannes, en collaboration avec nos adhérents. En tant qu’association, nous avons à cœur de favoriser les échanges et la participation des habitants dans nos projets. Nous comptons environ 500 adhérents et une centaine de bénévoles actifs tout au long de l'année. Il existe différentes manières de s'investir au sein de l’association, et nous disposons également d'une équipe salariée. Le travail associatif est au cœur de l’engagement à Cinécran. Nous travaillons étroitement avec les habitants, les invitant à participer activement à nos actions. Que ce soit pour les rencontres, le Mois du Doc, la programmation mensuelle, l’éducation à l’image, ou encore la communication et les partenariats, chaque action implique la participation des adhérents. Nous avons des commissions où des bénévoles regardent des films, les choisissent et réfléchissent avec nous. Cette implication est essentielle dans notre travail quotidien et fait partie intégrante de notre démarche. Nous avons d’ailleurs l’intention de poursuivre ce travail dans le nouveau lieu de projection «Le Super 8 » que nous allons investir à la rentrée prochaine au sein du nouveau tiers lieu La Traverse à Vannes ! Une belle opportunité pour nous pour de développer nos propositions de cinéma, au plus près des publics et en complémentarité avec notre programmation à la Garenne !
Quelle place faites-vous au documentaire au sein de vos programmations et à qui s’adressent-ils ?
Pour nous, le documentaire doit vraiment s’adresser à tout le monde. Je pense notamment au mois du film documentaire en novembre, où l'enjeu est de tisser des liens à l'échelle du territoire. L'idée est de rendre le genre documentaire accessible à un public plus large, et surtout à des publics très différents. Nous travaillons sur des territoires variés, allant de la médiathèque rurale au centre culturel d'une grande ville. Il y a donc une forte dynamique autour de la diffusion du documentaire, avec des propositions variées pour que chaque structure trouve ce qui lui correspond. Nous collaborons aussi beaucoup avec ces structures en pensant à une progression. Par exemple, une structure en milieu rural pourra privilégier un film abordant la ruralité, en lien avec son territoire et son public. Mais notre rôle est aussi de les accompagner sur plusieurs années pour les aider à diversifier leurs choix et élargir les thèmes proposés à leur public. Pendant le Mois du Doc, nous invitons souvent les équipes des films, comme les réalisateurs ou les réalisatrices, mais aussi des techniciens, voire des monteurs. Chacun apporte sa touche personnelle. Parfois, nous faisons appel à des intervenants extérieurs pour enrichir le débat avec des regards sur le cinéma ou sur des thématiques spécifiques. Ces échanges sont essentiels pour nous. Ensuite, en dehors du mois du Doc, nous veillons à valoriser et à diffuser du documentaire dans nos autres événements, par exemple, lors des Rencontres du cinéma européen, nous organisons une compétition dédiée aux documentaires européens, en partenariat avec la Cinémathèque du documentaire. L’idée est de mettre en valeur la richesse du genre. Le fait de le mettre en compétition aux côtés de la fiction et du court-métrage souligne qu’il est un genre à part entière, qui mérite pleinement sa place dans le festival. Nous projetons aussi des documentaires en lien avec le pays invité : cette année, l’Espagne. En termes d’éducation à l’image, nous faisons régulièrement des ponts entre nos actions et les scolaires, notamment les lycéens en spécialité cinéma. Chaque année, au mois de novembre, un réalisateur ou une réalisatrice de documentaire vient à leur rencontre, leur présente son film et échange avec eux. C’est une occasion précieuse de rendre le documentaire accessible à ce niveau-là, et de créer des liens avec nos autres initiatives. Enfin, dans notre programmation mensuelle, nous veillons à ce qu’au moins un film documentaire fasse partie des six films proposés au Ciné-ville Garenne de Vannes chaque mois, parfois accompagnés de rencontres pour prolonger l'expérience.
Comment coordonnez-vous l’événement du Mois du Doc ?
Images en bibliothèque coordonne au niveau national, et nous Cinécran, nous travaillons au sein d'une coordination régionale avec trois autres structures de Bretagne : Comptoir du Doc (Ille et Vilaine), Ty Films (Côtes d’Armor), Daoulagad Breizh (Finistère). Nous travaillons en réseau, ce qui est essentiel pour nos actions. Chaque département garde son indépendance dans la sélection des films et gère sa coordination au niveau départemental, mais nous faisons aussi voyager des films dits "coup de cœur" sur toute la région. Par exemple, l'année dernière, Un pasteur de Louis Hanquet a tourné dans le Morbihan et les trois autres départements avec vingt projections accompagnées du réalisateur et du producteur. Pendant le Mois du Documentaire, nous dépassons parfois nos frontières pour certaines tournées. Nous sélectionnons entre 12 et 14 films via une commission d’adhérents de Cinécran, puis nous les proposons lors de journées de pré-visionnement aux structures partenaires, telles que des médiathèques, cinémas, centres culturels ou écoles. Ces structures choisissent les films à projeter. Notre rôle de coordinateur inclut également la logistique : mettre en relation les équipes de films, gérer les déplacements (souvent les billets de train) et veiller à une programmation cohérente sur le territoire. Nous nous assurons également que les films ne soient pas trop concentrés dans une même zone géographique. Enfin, nous soutenons les nouvelles structures participantes, pour les aider à s’installer et à se sentir accompagnées dans leurs premières expériences. Depuis l’an dernier, nous proposons un documentaire sonore en tournée. L'année passée, c'était Rapa Nui de Sophie Berger accompagnée de la réalisatrice, une première pour nous. Les structures étaient ravies, les publics aussi. Les retours ont été très positifs, et nous souhaitons continuer cette initiative. Cette proposition illustre également notre volonté d'ouvrir les expériences et de permettre la découverte de formes et de propositions différentes. L'accompagnement et la rencontre sont vraiment essentiels. L'idée, c'est qu'il y ait une véritable rencontre entre l'œuvre, son réalisateur ou sa réalisatrice, si possible, et un moment d'échange privilégié avec un temps pour réfléchir ensemble.
La 23e édition des rencontres du cinéma européen va bientôt avoir lieu en mai, quelle est la spécificité de cet événement et de cette édition ?
Cette année, les Rencontres du cinéma européen célèbrent leur 23e édition, du 5 au 11 mai 2025, à Vannes et dans les environs. Nous avons resserré les projections au Ciné-ville Garenne, notre cinéma partenaire, avec quelques projections dans des médiathèques et autres cinémas du territoire. Depuis peu, nous avons développé un volet compétitif avec un jury professionnel et un prix du public, pour les courts-métrages, fictions et documentaires européens. C’est important pour nous de rendre ces compétitions participatives. Cette édition sera dédiée à l’Espagne, avec une programmation mêlant fiction et documentaire. Nous proposerons des rencontres, dont une leçon de cinéma avec Marcos Uzal, rédacteur en chef des Cahiers du cinéma. En ouverture, nous projetterons La Infiltrada, qui a remporté un Goya, en présence de productrice du film. Cette année, nous souhaitons aussi mettre en lumière la place des femmes et le regard féminin dans le cinéma espagnol, car malgré l’existence de nombreuses réalisatrices talentueuses, elles sont souvent moins visibles. Nous proposerons différents programmes de films dont « une nouvelle vague féminine » et « Regards féminins » mais aussi « Grandir », qui aborde l’enfance sous diverses formes, avec des films comme Été 93 de Carla Simón, ou « autour d’Almodóvar », centrée sur les films qui l’ont inspiré, ainsi qu’une section dédiée au cinéma de genre, une thématique « Résister »… Nous organiserons deux journées de rencontres professionnelles pour engager la rencontre et l’échange entre les réseaux des différents territoires, de Bretagne (via Films en Bretagne) et des Pays de la Loire (avec la présence du festival Premiers plans, du festival du film espagnol de Nantes et de la Plateforme (Pôle cinéma et audiovisuel des Pays de la Loire). Nous souhaitons également consacrer une de ces journées à la thématique « Filmer au féminin » en écho à notre programmation, en présence de Beatriz Navas Valdès, directrice générale de l'Institut de la cinématographie et des arts audiovisuels (ICAA), Maria Luisa Gutiérrez, productrice de La Infiltrada, et Marie-Soledad Rodriguez qui travaille à la Sorbonne sur cette thématique-là. Les Rencontres du cinéma européen seront aussi l’occasion de se retrouver autour de la danse et de la musique espagnole avec un grand bal de clôture le samedi 10 mai !
Qu'est-ce qui vous a poussé à rejoindre le réseau de la Cinémathèque du documentaire ?
Faire partie d’un réseau est vraiment vertueux pour nous. Cela fait sens dans notre travail, car nous pouvons nous inscrire dans une dynamique collective. C'est ce qui donne du sens à notre mission, travailler ensemble pour diffuser le documentaire sur les territoires, c’est important. Cela nous permet aussi de nous enrichir mutuellement. Savoir qui fait partie de ce réseau facilite grandement nos pratiques et nos échanges. Par exemple, lorsque nous avons une question technique ou que nous voulons faire de la veille sur les films, nous savons à qui nous adresser. Cela rend notre travail plus fluide. Bien sûr, il y a aussi le soutien financier de la Cinémathèque du documentaire, qui est crucial pour nous. Sans ce soutien, il serait impossible de mettre en place toutes ces propositions. C’est notamment grâce à elle que nous avons pu développer notre volet documentaire ces dernières années. C'est un bel écosystème auquel nous sommes très heureux de participer.
Entretien réalisé par Sabrina Jacomelli, service civique de la Cinémathèque du documentaire.
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